Entrevue avec Martin Bourboulon

Pour la sortie du film Eiffel | Par Pierre Blais

Martin Bourboulon réalise présentement deux longs métrages inspirés par l’œuvre d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires. Au générique de ces films on retrouvera François Civil (D’Artagnan), Romain Duris (Aramis), Vincent Cassel (Athos), Pio Marmaï (Porthos), Eva Green (Milady), Lyna Khoudri (Constance Bonacieux), Louis Garrel (Louis XIII), Vicky Krieps (Anne d’Autriche).

Après avoir obtenu un énorme succès avec ses deux comédies familiales mettant en vedette Marina Foïs et Laurent Lafitte, Papa ou maman 1 et 2, le réalisateur Martin Bourboulon a changé de registre en s’attaquant à une fresque relatant la construction de la tour Eiffel. Eiffel est un récit historique qui s’articule autour de son concepteur prénommé Gustave (joué par Romain Duris) qui, alors que son nom circule partout à la suite de la construction de la statue de la Liberté, est appelé par le gouvernement français à concevoir une tour qui marquera la tenue de l’Exposition universelle de Paris, en 1889. Les délais serrés de construction et les retrouvailles avec un amour de jeunesse seront au cœur du défi relevé par ce génie de l’époque.


Martin Bourboulon, ce projet de film autour de Gustave Eiffel ne date pas d’hier?
Effectivement, ça date de près de vingt ans. Moi, je suis arrivé en 2017 au moment où le scénario de Caroline Bongrand était presque terminé. Mais tout était encore à faire, le budget n’étant même pas encore bouclé. L’intérêt de Pathé comme producteur était là, c’est tout. Cela dit, le scénario final est complètement différent de celui de 2017. Au final, il fallait que le budget suive, car un film d’époque, c’est énorme. L’ambition ne pouvait demeurer à moitié.

Le roman et le film misent sur la métamorphose des personnages et des saisons

Depuis son érection, la tour Eiffel est devenue l’un des principaux attraits touristiques à l’échelle mondiale. Elle fut expressément construite pour la tenue de l’Exposition universelle de 1889, à Paris. Avec ses 330 mètres de hauteur, elle attire des millions de touristes chaque année. Elle est constituée de 18 000 pièces fabriquées en fer puddlé et rattachées par 2 500 000 rivets. Symbole parisien par excellence, elle démontre depuis près d’un siècle et demi le savoir-faire du génie industriel français. Sa création visait à souligner le 100e anniversaire de la prise de la Bastille. Des milliers d’ouvriers et plus de 50 ingénieurs, sous la supervision de Gustave Eiffel, se sont attelés à la construire sur une période de deux ans, soit le double du temps prévu au départ.

Eiffel est à la fois un drame historique, biographique et romantique. Avez-vous eu une réelle liberté pour adapter à votre manière une aventure ancrée dans le temps et dans l’histoire de la France au tournant du XXe siècle?
Oui, heureusement on a pu jouer avec ça tout en étant très fidèle aux faits. On n’a rien inventé concernant la rencontre entre Gustave et Adrienne Bourgès, son amour de jeunesse. Ils devaient vraiment se marier, et puis on a joué avec la fiction pour leurs retrouvailles qui correspondaient aux années de la construction de la tour. On voulait montrer que cet amour passé et inoubliable a véritablement affecté Eiffel.

Romain Duris est un acteur talentueux et adulé. Sa polyvalence au grand écran ne fait plus de doute et il endosse le costume de Gustav Eiffel avec aisance. Sa partenaire qui incarne Adrienne Bourgès, Emma Mackey, est cependant moins connue. Elle a été découverte dans la série de Netflix, Sex Education. Comment s’est-elle imposée pour le rôle?
C’est une idée de ma productrice Vanessa Van Zuylen. Au moment du casting, le visage d’Emma n’était pas encore très connu des Français et elle correspondait parfaitement au personnage. De plus, la chimie avec Romain était au rendez-vous. À la sortie, il y a bien eu quelques critiques sur leur différence d’âge et ça m’a étonné. Qui se questionne sur celle entre Daniel Craig et Léa Seydoux dans James Bond? Personne ne s’en formalise. Romain et Emma correspondaient aux rôles et à l’écran, ils vieillissent sous nos yeux. Ces dix années d’écart liées aux époques évoquées dans le film, pour moi, ça tient la route.

D’un côté plus technique maintenant, les séquences reconstituant la construction de la tour sont totalement fascinantes. Ces scènes démontrent tout le savoir-faire de l’époque en ingénierie.
Oui, ce sont des scènes que j’aime beaucoup, car elles mettent en valeur le talent de ces ingénieurs et elles plaisent énormément au public en salle. C’était astucieux comme façon de faire en ingénierie et ça rend hommage au talent de ces hommes. On a fait un beau travail de recherche pour recréer à l’écran cette expertise tout en respectant la chronologie de la construction dans son ensemble.

On imagine donc l’énorme travail de recherche historique en amont, mais toute la postproduction a aussi dû prendre beaucoup de temps, non?
Ça a demandé beaucoup de travail en montage, 36 semaines au total. Il fallait rendre crédible l’histoire de la tour tout comme l’histoire d’amour, au passé et au présent, et tisser des liens entre ces trois trajectoires. Et ça, c’est sans compter l’intégration des effets spéciaux pour recréer le Paris d’alors et faire voyager le spectateur durant deux heures. Le plus grand défi, c’est qu’on croit que tout est vraisemblable. Pas réaliste, vraisemblable. Et d’y arriver, pour moi, c’est primordial, et ce, dans tous mes films. |


Cette entrevue a été réalisée dans le cadre des Rendez-vous du cinéma 2022 d’UniFrance.